samedi 8 juin 2013



A. Artaud, Le soldat au fusil, vers octobre 1945. © RMN




Je ne crois plus aux mots des poèmes,
car ils ne soulèvent rien
et ne font rien

Autrefois il y avait des poèmes qui envoyaient un guerrier se faire
trouer la gueule
mais la gueule trouée
le guerrier était mort,
et que lui restait-il de sa gloire à lui ?
je veux dire de son transport ?
Rien
Il était mort.
Cela servait à éduquer dans les classes les cons et les fils de cons qui viendraient après lui et sont allés à de nouvelles guerres
atomiquement réglementées,

Je crois qu'il y a un état où le guerrier
la gueule trouée
et mort, reste là
il continue à se battre 
et à avancer,
il n'est pas mort,
il avance pour l'éternité

Mais qui en voudrait
sauf moi ?

Et moi, qu'il vienne celui qui me trouera la gueule
je l'attends.


Antonin Artaud (1896-1948)




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