lundi 15 avril 2013



A Literary Reunion, al-Hariri's Maqamal.
(Institute of Oriental Studies, St. Petersburg, Russia)



IBN KHALDÛN


           Après avoir garni sa mémoire et aiguisé son talent à suivre les modèles, le poète peut lui-même se mettre à composer. Grâce à une pratique constante, l'habitus poétique se raffermira et s'enracinera en lui. On dit souvent qu'une des conditions pour devenir poète est d'oublier tout ce qu'on a appris, pour que s'effacent les formes littérales extérieures. En effet, celles-ci ne peuvent pas être utilisées telles quelles. Quand le poète les oublie, après qu'il en a subi l'influence, la manière poétique est gravée dans son âme et devient comme un modèle sur lequel il se met nécessairement à composer les formes similaires avec d'autres mots.
        Le poète doit, en outre, se retirer dans un lieu solitaire et choisir un bel endroit où il peut voir de l'eau et des fleurs et entendre de la musique, afin d'aiguiser son talent, le mobiliser et le stimuler par le plaisir et la joie.
       Il faut mentionner encore une autre condition : le poète doit être reposé et plein d'énergie. Ainsi, il pourra mieux se concentrer et sera mieux disposé à composer sur le modèle qu'il garde en mémoire. On dit que le meilleur moment pour cela, c'est le matin au réveil, lorsque l'estomac est encore vide et l'esprit vif, ou encore, dans les vapeurs du bain. On dit souvent que l'amour et l'ivresse sont des stimulants pour la poésie.

                      Ibn Khaldûn, Le Livre des Exemples, trad. A. Cheddadi, Éditions Gallimard.













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