lundi 20 décembre 2010

L. GUILLAUME. ETRANGE FORÊT



ETRANGE FORÊT

                                                                                                                        Elle quitte une étrange forêt
lentement comme un thonier le port.
Ses cheveux sont câbles et lianes
sa robe est taillée dans la voilure
d'une futaie brûlée par l'automne.
Aussi loin que s'en aillent ses pas
elle apporte avec elle une odeur
de clairière d'algues de silos
de ceps tapis sous des feuilles mortes
de pipe allumée au feu des mers.
Plus tard elle est parfois reconnue
sans parfums nue au milieu des neiges
à ses yeux vagues sur fond de vase
où brillent les veillées de Noël.
La chaleur n'a pas quitté son sang
et la sève irrigue encore ses rêves.
La voici qui dort sur le rivage
près de la méduse de la lune.
La voici épave de l'hiver
échouée sur les flots des emblaves.
Elle sort de ce sommeil vêtue
de fleurs de bourgeons d'écailles neuves.
Un duvet de pollen et d'abeilles
embellit toute sa chair nouvelle.
Elle rit et fuyant le soleil
Regagne son étrange forêt...


Louis Guillaume


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