dimanche 5 décembre 2010

JEAN GENET, L'HOMME SANS BAGAGE

Jean Genet  (Ph. Philippe Bourseiller)


EXTRAITS



" Il n'est pas à la beauté d'autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu'il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. Il y a donc loin de cet art à ce qu'on nomme le misérabilisme. L'art de Giacometti me semble vouloir découvrir cette blessure secrète de tout être et même de toute chose, afin qu'elle les illumine."

Jean Genet. L'Atelier d'Alberto Giacometti ( Gallimard, p. 42)



" Pour acquérir cette solitude absolue dont il a besoin pour réaliser son oeuvre - tirée du néant qu'elle va combler et rendre sensible à la fois - le poète veut s'exposer dans quelque posture qui sera pour lui la plus périlleuse. Cruellement il écarte tout curieux, tout ami, toute sollicitation qui tâcherait d'incliner son oeuvre vers le monde. S'il veut, il peut s'y prendre ainsi : autour de lui, il lâche une odeur si nauséabonde, si noire, qu'il s'y trouve égaré, à demi asphyxié lui-même par elle. On le fuit. Il est seul. Son apparente malédiction va lui permettre toutes les audaces puisqu'aucun regard ne le trouble. Le voilà qui se meut dans un élément qui s'apparente à la mort, le désert. Sa parole n'éveille aucun écho. Ce qu'elle doit énoncer ne s'adressant plus à personne, ne devant plus être comprise par ce qui est vivant. C'est une nécessité qui n'est pas exigée par la vie mais par la mort qui va l'ordonner. "

Jean Genet, Le Funambule ( Gallimard, P. 16-17)

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