dimanche 28 novembre 2010

L'AUTOMNE

         Sous les pommiers, la chair des fruits rejoint la terre dans une débauche de guêpes et de pulpe blettie. Cela sent la pourriture et le parfum. Comme ces relents de convoitise et de mort que le langage attache à chacun de nos actes.

         L'AUTOMNE : nécessité de défaire les évidences pour mieux en vivre, d'avoir, à la manière du soleil, des évidences ignorantes qui couvent les brumes sous l'été.
Evidences hors du temps qui ruinent les connaissances idéales, conceptuelles, de la vie, afin de les cheviller au quotidien.

        L'AUTOMNE : EVIDENCE DE L'ECRITURE.

        Saison des moisissures fantasques au creux des bois.
Y surprendre le champignon quand on se sent sans âge comme l'année.

       Sagesse d'enfant et de Mathusalem.
On ne peut pas écrire si l'on ne sait en même temps - dans le même temps - la couleur et la senteur de la terre et si - comme l'automne - on ne porte en soi les climats successifs que franchit le soleil.
Champignons d'encre.
Il pousse des champignons à la parole.
La voix prend l'humus au souvenir.

Parmi les champignons, certains sont mortels.
L'envie de mourir diminue à mesure qu'on la sait mieux.

Chercher : renoncer à trouver et découvrir, ébloui.
Le monde appartient aux chercheurs de champignons.

L. Mouline, Bibliques

2 commentaires:

  1. L'automne vous inspire un texte fort bien ciselé ! je vous découvre et c'est un vrai plaisir de lecteur ! Merci et bravo !

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  2. Merci Jerry Ox! je suis ravie de voir que vous êtes sensible à ce très beau texte :)

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