mercredi 7 janvier 2015









" J'écris pour qui, entrant dans mon livre, y tomberait comme dans un trou, n'en sortirait plus. "

                                                                    Georges Bataille





 

dimanche 14 septembre 2014











" Les arbres de montagne écrivent dans l'air des histoires qui se lisent quand on est allongé dessous
  En montagne, il existe des arbres héros, plantés au-dessus du vide, des médailles sur la poitrine des précipices. Tous les étés, je monte rendre visite à l'un d'entre eux. Avant de partir, je monte à cheval sur son bras au-dessus du vide. L'air libre sur des centaines de mètres vient chatouiller mes pieds nus. Je l'embrasse et le remercie de sa durée. "


Erri de Luca, " Visite à l'arbre "  dans Le poids du papillon, trad. Danièle Valin, Gallimard, 2011, p.80-81.






 






    " Un homme, une femme, attirés l'un vers l'autre, se lient par la luxure. (...) Leur amour signifie qu'ils ne voient pas en l'autre leur être, mais leur blessure, et le besoin d'être perdu : il n'est pas de désir plus grand que celui du blessé pour une autre blessure. "


                                                                                                    Georges Bataille, Le Coupable



 



lundi 28 avril 2014







© André Kertész, La Martinique, 1er janvier 1972.







© Marc Pilon




Qu'avons nous franchi là ?
Une vision, pareille à un labour bleu ?

                 [... ]

Puis, quand on redescend
à la rencontre des nuages,
on entend bientôt la rivière
sous sa fourrure de brouillard.

Tais-toi : ce que tu allais dire
en couvrirait le bruit.
Ecoute seulement : l'huis s'est ouvert.


Philippe Jaccottet, " Le mot joie ", Pensées sous les nuages. Gallimard.


jeudi 23 janvier 2014






" L' homme qui ne meurt pas de n'être qu'un homme ne sera jamais qu'un homme. "


Bataille

vendredi 13 décembre 2013







Photo Lucien Aigner




ANABASE

  ...ha ! toutes sortes d'hommes dans leurs voies et façons : mangeurs d'insectes, de fruits d'eau ; porteurs d'emplâtres, de richesses ! l'agriculteur et l'adalingue, l'acuponcteur et le saunier ; le péager, le forgeron ; marchands de sucre, de cannelle, de coupes à boire en métal blanc et de lampes de corne ; celui qui taille un vêtement de cuir, des sandales dans le bois et des boutons en forme d'olives ; celui qui donne à la terre ses façons ; et l'homme de nul métier : homme au faucon, homme à la flûte, homme aux abeilles ; celui qui tire son plaisir du timbre de sa voix, celui qui trouve son emploi dans la contemplation d'une pierre verte ; qui fait brûler pour son plaisir un feu d'écorces sur son toit ; qui se fait sur la terre un lit de feuilles odorantes, qui s'y couche et repose ; qui pense à des dessins de céramiques vertes pour des bassins d'eaux vives ; et celui qui a fait des voyages et songe à repartir ; qui a vécu dans un pays de grandes pluies ; qui joue aux dés, aux osselets, au jeu des gobelets ; ou qui a déployé sur le sol ses tables à calcul ; celui qui a des vues sur l'emploi d'une calebasse ; celui qui traîne un aigle mort comme un faix de branchages sur ses pas (et la plume est donnée, non vendue, pour l'empennage des flèches), celui qui récolte le pollen dans un vaisseau de bois (et mon plaisir, dit-il, est dans cette couleur jaune) ; celui qui mange des beignets, des vers de palmes, des framboises ; celui qui aime le goût de l'estragon ; celui qui rêve d'un poivron ; ou bien encore celui qui mâche d'une gomme fossile, qui porte une conque à son oreille, et celui qui épie le parfum de génie aux cassures fraîches de la pierre ; celui qui pense au corps de femme, homme libidineux ; celui qui voit son âme au reflet d'une lame ; l'homme versé dans les sciences, dans l'onomastique ; l'homme en faveur dans les conseils, celui qui nomme les fontaines, qui fait un don de sièges sous les arbres, de laines teintes pour les sages ; et fait sceller aux carrefours de très grands bois de bronze pour la soif ; bien mieux, celui qui ne fait rien, tel homme et tel dans ses façons, et tant d'autres encore ! les ramasseurs de cailles dans les plis de terrains, ceux qui récoltent dans les broussailles les oeufs tiquetés de vert, ceux qui descendent de cheval pour ramasser des choses, des agates, une pierre bleue pâle que l'on taille à l'entrée des faubourgs (en manière d'étuis, de tabatières et d'agrafes, ou de boules à rouler aux mains des paralytiques) ; ceux qui peignent en sifflant des coffrets en plein air, l'homme au bâton d'ivoire, l'homme à la chaise de rotin, l'ermite orné de mains de fille et le guerrier licencié qui a planté sa lance sue son seuil pour attacher un singe... ha ! toutes sortes d'hommes dans leurs voies et façons, et soudain ! apparu dans ses vêtements du soir et tranchant à la ronde toutes questions de préséance, le Conteur qui prend place au pied du térébinthe...


  Saint-John Perse, " Anabase ", Éloges, Éditions Gallimard.